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Pastorale familiale Infos n° 19
La bénédiction nuptiale, quels enjeux ?
Le nouveau rituel du mariage a remis en valeur la bénédiction nuptiale, mais ce changement de fond pourrait bien passer inaperçu.
Dans une conception du mariage héritée de l'Ancien Testament, où la fonction première de l'union conjugale était de perpétuer l'espèce humaine et de donner de nouveaux enfants au peuple de Dieu, il s'agissait d'une bénédiction de l'épouse : dans la Bible, une nombreuse progéniture est le signe de la bénédiction de Dieu. Cette conception a peu évolué au cours des siècles, et la forme même de la prière en témoignait.
La première modification de fond date du rituel de Vatican II : la bénédiction est étendue à l'époux et concerne le couple. Mais elle est toujours reléguée après le Notre Père. La théologie insiste alors beaucoup sur le fait que les époux sont les ministres du mariage : on dit qu'ils se donnent l'un à l'autre le sacrement. L'échange des consentements est le point fort de la célébration, mais dans la pensée populaire, la bénédiction nuptiale est symbole du mariage : on lit souvent sur les faire-part que la bénédiction nuptiale sera donnée tel jour par l'abbé Untel. La théologie n'a pas envahi la pratique.
Le nouveau rituel apporte deux autres modifications qui pourront paraître des détails mais indiquent une profonde nouveauté :
- le geste de l'imposition des mains et l'appel à l'Esprit Saint en font non plus une "simple" bénédiction mais une véritable consécration ; ce n'est pas une banale adaptation de gestuelle, pour faire plus spectaculaire, la prière devient une épiclèse.
- son déplacement aussitôt après l'échange des consentements et la remise des alliances la relie à l'ensemble du mystère célébré : "engagement humain et bénédiction de Dieu sont ainsi en symbiose", comme me l'a fait remarquer François Wernert à la suite de mon article de présentation rapide du nouveau rituel (Sychar n° 16)
Non seulement ce déplacement donne plus de cohérence au rituel, mais il met mieux en évidence la participation du ministre, qui n'est pas un simple témoin d'un acte sacramentel célébré par les mariés, mais le porte-parole de la réponse de Dieu qui transfigure l'amour humain. Les ministres du sacrement sont trois ; les fiancés qui scellent leur engagement sacramentel et le prêtre ou le diacre qui le consacre au nom de Dieu.
Il y a donc dans la bénédiction nuptiale du nouveau rituel un véritable enjeu théologique et pastoral pour exprimer que l'alliance du couple est devenue sacrement de l'alliance de Dieu avec l'humanité. Ça ne saute pas aux yeux en parcourant le rituel et c'est un peu dommage : il est à craindre que la nouveauté ne soit comprise que comme une mode sans conséquence. L'été dernier, j'ai préparé un jeune couple au mariage, nous avons parlé des gestes du rituel, mais je n'ai pas pu célébrer leur mariage ; le prêtre qui a célébré leur a expliqué que je m'étais trompé et que la bénédiction nuptiale se trouvait toujours après le Notre Père... Dans le fond, on prépare des couples au mariage, il ne serait pas forcément indécent d'aider les prêtres à entrer avec eux dans le mystère d'alliance qu'ils sont appelés à célébrer ensemble...
Alain Bonnet
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