> Retour
Pastorale familiale Infos n° 16
Le nouveau rituel du mariage
Il m'est bien sûr déjà arrivé de préparer des couples et de célébrer des mariages. Mais je ne suis pas un professionnel de la bénédiction nuptiale et c'est sans doute pour cette raison qu'une première lecture superficielle du nouveau rituel m'a déçu : ça valait bien la peine de l'avoir attendu si longtemps pour ça.
Heureusement, je ne suis pas resté à ma première impression et une lecture approfondie m'en a révélé les nouveautés qui à défaut d'être spectaculaires sont réelles et significatives.
Il est vrai que j'avais déjà l'habitude de pratiquer certains gestes qui sont proposés par le nouveau rituel, avec une signification parfois différente. J'en note ici deux :
* l'ancien rituel demandait au prêtre ou au diacre de poser un pan de son étole sur les mains jointes des époux pour prononcer la ratification du mariage qui suit l'échange des consentements. En même temps j'avais l'habitude de poser la main sur les mains des époux. Ce geste est maintenant prévu par le rituel (qui, me semble-t-il, a omis l'étole) : il évoque la solidarité entre le ministre et les époux sur le chemin de la vie. Je vois dans l'étole un signe supplémentaire du ministère reçu de l'Eglise : le ministre n'est pas seul et il associe dans son geste toute l'Eglise.
* la bénédiction nuptiale comporte une invocation à l'Esprit Saint qui en fait une épiclèse, et qui s'accompagne d'une imposition des mains, analogue à celle que fait le prêtre sur les offrandes dans la prière eucharistique. Cet appel à l'Esprit Saint pour vivifier le couple est une excellente idée. Je suppose que, comme moi, bien des prêtres et des diacres devaient déjà faire mention de lui ; en ce qui me concerne, j'ai toujours pratiqué l'imposition des mains lors de la bénédiction nuptiale, car elle peut avoir d'autres significations comme, justement, un geste de bénédiction : elle prend maintenant une signification nouvelle.
Mais l'essentiel n'est pas que le rituel se soit enrichi de formules et de gestes supplémentaires. Il inscrit le mariage dans un cheminement pastoral et théologique, qui va, d'étapes en étapes, des fiançailles à l'évocation des grands anniversaires... Il n'est pas une simple liste des paroles à dire et des gestes à faire pour une célébration d'une heure. L'importance des Préliminaires en témoigne et pas simplement parce qu'ils passent de 18 à 44 paragraphes. Ils s'inspirent du Concile, du droit canonique et de Familiaris Consortio, le mariage y est situé dans l'ordre de la Création et de l'Alliance, mais aussi dans l'ensemble de la vie chrétienne, comme une manière d'accomplir pleinement la vocation baptismale. Il invite autant à la catéchèse et l'enseignement de la foi dans les communautés chrétiennes que la préparation des fiancés eux-mêmes : le mariage n'est pas une histoire de famille au sens restreint du terme, il engage l'Eglise. Sa célébration a un caractère communautaire qui ne devrait pas simplement se manifester dans la présence d'un ministre qui "assiste" : vivre l'Alliance n'est pas une affaire privée.
Les gestes proposés ne sont pas de simples nouveautés mais ils témoignent d'un approfondissement significatif. L'épiclèse de la bénédiction nuptiale a une force consécratoire : "Envoie sur eux la grâce de l'Esprit Saint afin que, l'amour ayant été répandu dans leurs curs, ils restent fidèles à l'alliance conjugale". Elle opère une véritable transformation : les époux, appelés à être une vivante icône de l'amour de Dieu pour l'humanité, sont configurés à leur vocation et à leur mission, comme le soulignait déjà Jean-Paul II dans sa lettre aux Familles (1994). De même l'introduction de la profession de foi ("si cela convient") et une demande du dialogue initial aux fiancés "s'ils sont disposés à assumer pleinement leur mission de chrétien dans le monde et dans l'Eglise" sont un signe de l'enracinement de la démarche du nouveau couple dans la foi de l'Eglise.
La remise d'un souvenir était déjà pratiquée dans certaines paroisses mais elle devient aussi le signe d'une volonté d'inscrire le mariage dans la durée et de construire le couple sur le "souvenir" du sacrement. Par contre je regrette qu'on demande de ne pas signer les registres sur l'autel : ce n'est certes pas une simple table de bureau, mais c'est aussi le symbole du Christ : s'appuyer sur l'autel, c'est s'appuyer sur le Christ. Pour construire une couple, quoi de mieux ?
Ce rituel n'est pas un simple "relookage" de celui de 1969/70 : c'est vraiment un "nouveau" rituel, qui se base sur une nouvelle réflexion sur la sacramentalité du mariage, d'un niveau créationnel (cf. Gn 1 : ils seront une seule chair) au niveau évangélique de l'Alliance nouvelle en passant par le niveau "mosaïque" (vivre l'amour dans l'aujourd'hui de la fidélité). Il enracine le mariage dans un vécu d'Eglise qui n'individualise pas un "ministre" du sacrement : les époux sont l'un pour l'autre médiateurs de la grâce de Dieu : plutôt que de "se donner" le sacrement, ils le reçoivent et ils se reçoivent du don de l'Esprit. Le prêtre ou le diacre "assistent", pas simplement parce qu'ils sont présents, mais parce qu'ils s'engagent au côté du couple en lui apportant leur contribution ministérielle et pastorale. Ensemble, couple et ministre sont engagés dans une aventure où chacun apporte sa part. L'épiclèse de la bénédiction nuptiale renvoie le prêtre et le diacre à leur responsabilité pastorale au sein de la communauté, pour associer l'Eglise à l'amour trinitaire du Dieu de l'Alliance, du Christ Epoux et de l'Esprit Source d'amour.
Alain Bonnet
Télécharger (.pdf)
Retour