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Sychar - Pastorale familiale Infos n° 13
Un prénom pour quelle vie ?
* Ce jeune papa voulait prénommer son garçon Dylan. Je ne savais pas trop à quel saint (patron) me vouer. "Vous comprenez, m'a-t-il expliqué, j'ai assez souffert autrefois de mon prénom ridicule." Il s'appelait Jean-Marie.
* Dans mon enfance, le prédicateur chargé de la messe des enfants dans ma paroisse de Strasbourg aimait illustrer ses homélies d'exemples concrets, et pour éviter qu'un présent se sente visé, il prénommait les garçons Jérôme. Il ne pourrait plus en faire autant maintenant.
* A cette époque, mes parents auraient bien aimé prénommer mon plus jeune frère Bruno. La crainte que l'accent de la partie alsacienne de la famille n'en fasse un Pruno, ils ont renoncé.
* Des années après, j'ai travaillé pendant l'été dans une perception du Bas-Rhin : dans un village de 250 habitants, la moitié des habitants portaient le même nom, et aussi le même prénom : pour distinguer les familles, le rôle des impôts les avait numérotés : "Michel XIV, fils de XII", "Michel XVI, fils de XIII",...
* A la naissance de mon fils Jacques, en 1984, la sage-femme au moment de préparer le carnet de santé du bébé ne savait pas du tout orthographier ce prénom barbare...
Le choix du prénom n'est pas une simple question d'état-civil, destiné à distinguer entre eux les membres d'une même famille. Il est de plus en plus marqué par des phénomènes de mode. Mais il n'est pas un simple appendice accolé au patronyme. On ne choisit pas son patromyme, il ne nous appartient pas, sa fonction est de nous inscrire dans l'histoire, dans une trame familiale.
Le prénom, lui, m'appartient. Je ne suis pas le seul à la porter, mais c'est le mien. C'est une partie de ma personne, et sans prétendre qu'un prénom donné prédestinerait le caractère, il marque celui qui le porte. Ce qui devrait amener les parents à retenir des critères de prudence et de choix plus sérieux que le hasard.
Que les préférences personnelles des parents interviennent dans le choix, c'est logique et je ne le discute pas. Il est normal que les parents aiment le prénom qu'ils vont donner, à condition de ne pas oublier qu'il est tout aussi normal que l'enfant lui aussi puisse aimer son prénom. Il existe des procédures juridiques qui permettent d'en changer, mais, outre qu'elles ne sont pas simples, elles représentent une sorte de reniement des parents. Le prénom, on l'a pour la vie, mais pour quelle vie ?
Les officiers d'état-civil ont perdu le droit de refuser un prénom original que leur donnait la loi du 11 germinal an XI 2. Du coup, tout est permis : les exemples ont défrayé la chronique de ces dernières années. Mais il est vrai qu'on peut aussi souffrir d'un prénom classique. Choisir un prénom, c'est un peu écrire l'avenir à l'aveuglette.
Que les parents choisissent un prénom original est encore concevable. Ces dernières années ont vu une explosion de nouveautés variées, empruntées à la nature, au folklore, à la mythologie, aux traditions médiévales et même à la bible. En Alsace, le top 50 des prénoms donnés depuis 1948 reste dominé par Jean (32 918) et par Marie (29 452). Mais la mode est passée : sur les 50 prénoms les plus donnés depuis 1948, seuls 14 ont été donnés en 2004 chez les garçons et 9 chez les filles. Marie s'en tire bien mais Jean a disparu du hit-parade. En Afrique, on n'hésite pas à prénommer des Fetnat, des Staline, des Jacques-Chirac ou à utiliser des noms de héros de séries télévisées.
Heureusement, on oublie vite les étymologies. Les petites Charlotte ne savent sans doute pas que la racine germanique "karl" signifie viril, de même que les Sandrine, déformation d'Alexandre (andros en grec signifie homme, de sexe masculin). Les Morgane dans des familles chrétiennes oublient la personnalité discutable de la fée de Brocéliande.
Evidemment, plus le nom est original, plus il va être difficile de souhaiter une fête... Mais justement, le nud du problème est là : pourquoi souhaiter une fête ? Donner un prénom, c'est avant tout créer un lien à travers la communion des saints. C'est proposer un patron, un "parrain" ou une "marraine" parmi les saints du ciel, un modèle, un exemple qu'on puisse offrir à l'enfant, non pas pour qu'il en fasse une imitation servile mais pour qu'il nourrisse sa vie, comme son patron, dans "l'imitation de Jésus-Christ".
Certes, il y a des saints dont la vie est très mal connue, sinon légendaire. Il est peut-être moins important de connaître avec certitudes les faits et gestes du saint patron que de savoir que le "nom de baptême" est un signe qui nous relie, à travers le temps et l'espace à la sainteté offerte par Dieu à chacun.
Que faire si le prénom choisi ne correspond pas à un saint "répertorié" ? Ajouter un prénom chrétien indiscutable comme le recommande le droit canon ? Relier le prénom choisi par assonance ou par l'histoire à celui d'un saint ? Il n'y a sans doute pas de meilleure méthode, si on ne perd pas de vue ce qui est en fin de compte le premier critère de choix d'un prénom : un nom pour vivre, un nom pour la vie éternelle, un nom à écrire dans le cur de Dieu.
Alain Bonnet
2La loi de 1993 qui élargit le choix des prénoms stipule dans son article 57: "Tout prénom inscrit dans l'acte de naissance peut être choisi comme prénom usuel. Lorsque ces prénoms ou l'un d'eux, seul ou associé aux autres prénoms ou au nom, lui paraissent contraires à l'intérêt de l'enfant ou au droit des tiers à voir protéger leur patronyme, l'officier de l'état civil en avise sans délai le procureur de la République. Celui-ci peut saisir le juge aux affaires familiales." Ce qui est utilisé en cas d'assonances préjudiciables (Mégane Renaud)
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