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Sychar - Pastorale familiale Infos n° 13
La famille, un lieu de bonheur ?


A en croire un sondage du magazine le Pèlerin de septembre 2004, 94 % des Français se disaient heureux d’un ensemble de petits bonheurs. Il paraît que la mondialisation des questions politiques, économiques et sociales tourne les personnes vers le goût des petites choses. Comme on pouvait s’y attendre, la source de ces petits bonheurs est pour 52 % des sondés une famille unie, pour 48 % d’entre eux les enfants, puis viennent une bonne santé pour 47 % et l’amour pour 35 % sans autre forme de précision. A la lumière de ces quatre sources de bonheur, on peut se demander si la clé du bonheur des Français ne se situe pas dans ce qu’on pourrait appeler la tentation du cocon familial. Dans ce cas la famille serait perçue comme le lieu où le bonheur apparaît le plus sûr, le plus proche, le plus accessible.

Un autre sondage concernant la vie de couple et de famille met pourtant en évidence les paradoxes et les contradictions vécues par les familles aujourd’hui. Alors que dans la famille traditionnelle les valeurs de l’autonomie individuelle et de l’épanouissement personnel passaient au second plan, c’est-à-dire après les nécessités et les obligations de l’institution familiale, il semble que les droits et les désirs de l’individu prennent de plus en plus la priorité sur le service de la famille qui nécessite des choix parfois douloureux ! Dans ce cas la famille devient une institution émotionnelle où les désirs des individus sont souvent en conflit avec les obligations de celle-ci.

Le philosophe Pierre Benoît pose alors la question : est-ce la famille qui rend heureux ou la qualité des relations qu’on parvient à y établir ? Il n’y a rien de plus fragile et d’éphémère que des relations familiales. Si les époux ont dans la plupart des cas l’impression qu’ils se sont choisis mutuellement, il n’en va pas de même entre parents et enfants. On ne choisit ni ses parents, ni ses enfants, ni ses beaux-parents, ni les familles et les amis que fréquenteront un jour les enfants. La famille est le lieu par excellence où les liens sont consentis. On peut choisir d’être l’ami de quelqu’un parce qu’on partage un projet avec lui, parce qu’on a des goûts communs avec lui. La famille quant à elle réclame des consentements multiples aux personnes qui la composent alors que celles-ci évoluent sans cesse et sont souvent en recherche d’équilibre !

Le défi est donc de consentir à l’autre, à la réalité de l’autre sur lequel on ne peut avoir qu’une influence limitée. Tout bonheur familial est conditionné par la présence de ces autres qui sont très différents par le sexe, par l’âge, par les engagements professionnels ou les études, etc. On ne peut viser à créer les conditions d’un bonheur réel qu’au prix d’une qualité d’attention, d’écoute, d’accueil de l’autre qui prend en compte la singularité de sa personne, ses attentes, ses possibles et ses limites, ses capacités à recevoir et à redonner, les fragilités impossibles à nier. Une famille est ainsi une communauté de vie où la dépendance des uns par rapport aux autres est très grande. Il suffit que l’un des membres souffre pour que l’ensemble en soit affecté. Ce qui rend l’équilibre familial précaire, éphémère.

Alors heureux en famille ? Pas si simple que cela. Cela suppose qu’on y pratique ces vertus qui permettent à chacun d’exister et de nouer des relations satisfaisantes avec les autres. Parmi ces vertus à cultiver sans relâche il y a sans doute l’humilité qui permet à l’autre de ne pas se sentir dominé, la délicatesse, l’esprit de service, la patience et la douceur. Mais il faudra aussi veiller à être capable de gérer son stress, à garder un équilibre de vie, à faire plaisir gratuitement, à donner sans compter, à supporter les frustrations, à favoriser les formes de coopération multiple, à être créatif, à sortir de la routine, à réparer ce qui se défait. Et que dire de la nécessité du pardon sans lequel aucun groupe humain ne peut surmonter ses crises ? On peut affirmer qu’être heureux en famille demeure certainement l’aspiration la plus profonde de l’être humain. Plus cette aspiration est consciente et explicite, plus elle appellera un engagement fort et durable.

Etienne Helbert


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