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Sychar - Pastorale familiale Infos n° 11

Au nom du père...

Il est une réforme qui est pratiquement passée inaperçue et qui n'a suscité aucune vague dans notre pays contrairement à d'autres. Il s'agit des nouvelles dispositions concernant la transmission du nom de famille. Depuis le 1er janvier 2005 les parents peuvent donner à leur enfant
le nom du père, celui de la mère, ou les deux accolés et reliés par deux tirets dans la limite d'un nom de famille pour chacun d'eux."

Il est évident que ces dispositions touchent à la symbolique de l'appartenance à une lignée. Le patronyme renvoie à la famille patriarcale qui imprègne fortement nos représentations. L'identité d'un enfant était ainsi définie par un usage qui remontait au Moyen Age (L'usage du patronyme s'est imposé entre le 10ème et 14ème siècle). Cette identité pourra désormais être discutée et choisie par les parents. La famille n'est plus un chaînon inscrit dans une succession de générations. L'enfant devient plus la " chose " de ses parents et un peu moins celles de deux lignées.

Contrairement à ce qui a été dit notamment au Conseil de l'Europe, ce n'est pas l'inégalité ente les sexes dans la transmission du nom qui posait tant problème. C'est le statut du nom de la mère qui a été jugé inacceptable puisque dans la plupart des cas il permettait de distinguer entre enfants légitimes et enfants naturels. On a donc voulu que le nom de la mère ne soit plus le signe d'un défaut de filiation. Cette réforme accompagne ainsi les mutations des familles dans ses multiples configurations (familles recomposées, homosexuelles, monoparentales, adultérines). La reconnaissance du matronyme souligne ainsi que de plus en plus de familles se structurent autour des femmes.

Quant au double nom, on peut se demander en fonction de quels besoins affectifs il sera choisi. Le fait de transmettre les noms des deux parents (qui seront reliés par deux tirets) ne fera que reculer le choix du nom à la génération suivante. Gageons qu'il se produira de vifs débats liés aux contentieux qui pourront exister entre les différentes lignées.

Quelles suites aura cette réforme ? Le code civil du Québec a été reformé dès 1981 d'une manière proche de la législation française. En 2002, 75 % des enfants portaient le seul nom de leur père. 13 % portaient un nom composé. (9 % dans le sens mère-père et 4 % dans le sens père-mère) A peine 5 % des enfants portent le seul nom de leur mère. Au fil des années, on a assisté à une chute des noms composés.

Alors pourquoi cette persistance du choix du nom du père ? Il y aurait au Québec 60 % de naissances hors mariage contre 44 % en France. Beaucoup de mères considèrent donc qu'en l'absence de mariage, le nom constitue le moyen d'établir un lien fort entre le père et l'enfant. Ce serait aussi pour elles une manière d'empêcher en cas de séparation que l'homme se dédouane facilement de ses obligations.

On se retrouve devant le fait que le lien paternel a besoin d'être étayé, affirmé par la transmission du nom. Le nom du père représente la place que la mère fait dans son désir pour autre chose que son enfant. Derrière la question du nom se profile un débat sur le rôle et la fonction du père. Lui revient-il d'incarner une autorité qui lui vient d'ailleurs ou en est-il réduit à n'être qu'un homme présent à ses enfants au même titre que leur mère ? Selon ce dernier point de vue, un couple ne se formerait plus devant la société ou devant Dieu, mais devant ses enfants. La fonction paternelle ainsi envisagée s exercerait à travers un partenariat éducatif auquel les parents s'engagent en acceptant d'avoir ensemble des enfants.

N'empêche qu'on peut se demander si introduire la possibilité d'évincer purement et simplement le nom du père ne conduit pas à générer de l'incertitude, voire de la confusion au moment où l'on devrait plutôt rassurer les enfants ? Les enfants auront toujours besoin de savoir d'où ils viennent ! Le nom du père l'atteste.

Etienne Helbert

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