> Retour

Sychar - Pastorale familiale Infos n° 22

"Humanae Vitae" : 40 ans déjà


Le 25 juillet 1968, le pape Paul VI publiait l’encyclique Humanae vitae. Les historiens s’accordent pour dire que rarement dans l’Eglise un texte a été autant controversé, critiqué ou même rejeté. Nous connaissons un peu mieux aujourd’hui dans quelles circonstances ce texte a été publié. L’Eglise se trouvait confrontée à trois questions qui n’ont rien perdu de leur acuité :
- la question de la démographie avec en arrière fond la crainte que la population mondiale augmente plus rapidement que les ressources disponibles. Aujourd’hui, cette question se conjugue avec celle de l’épuisement des ressources naturelles et de la juste répartition des richesses.
- la question des conditions de vie conjugale et familiale qui rendent l’éducation des enfants plus difficile.
- les questions liées aux connaissances scientifiques et aux technologies permettant une maîtrise de plus en plus grande du vivant et de la fécondité humaine.
Aucune des questions qui se posaient il y a quarante ans n’a donc disparu. Au contraire de nouvelles questions ont surgi comme par exemple celles soulevées par la procréation médicalement assistée ou les manipulations génétiques.
Il y a quarante ans deux courants s’opposaient. Un premier courant majoritaire dans la commission pontificale qui étudiait ces questions, considérait qu’il fallait une approche globale du rapport entre l’amour conjugal et le don de la vie. Selon ce courant il importait de ne plus considérer chaque acte d’amour isolément mais l’attitude globale des époux face à leur fécondité. En conséquence de quoi, il devenait possible de pratiquer ponctuellement une contraception, pourvu que demeure ouverte la possibilité de l’accueil d’une nouvelle vie.
Un deuxième courant minoritaire défendait la position traditionnelle de l’Eglise qui ne reconnaissait que les méthodes fondées sur la connaissance des périodes de fertilité de la femme pour pratiquer une régulation des naissances.
L’encyclique Humanae vitae a voulu donner un enseignement sur la moralité d’une pratique contraceptive sans entre dans tous les aspects des circonstances et les raisons psychologiques, économiques, sociologiques, politiques ou médicales qui peuvent entourer une telle pratique. Elle a voulu apporter non pas des éléments pour analyser des situations qui sont toutes particulières mais donner un éclairage moral à partir de la conception qu’a l’Eglise de la personne humaine, du couple et du mariage. C’est d’ailleurs de ce point de vue seul que l’Eglise peut prétendre apporter sa voix à la question de la régulation des naissances et des questions éthiques posées par la médecine.
Ce qui manquait à l’époque de la publication de l’encyclique Humanae vitae c’est une réflexion développée de l’Eglise concernant sa conception de la vocation humaine, même si le texte promulgué par Paul VI abordait les questions de la finalité du mariage et de la fécondité des couples sous l’angle du respect de la loi naturelle. La commission diocésaine de Cracovie mise en place par le cardinal Karol Wojtyla posait quant à elle comme principe que la personne humaine était faite pour le don de soi. L’amour entre époux est donc appelé à être vécu de manière responsable, ce qui leur demande de ne pas laisser la fécondité au seul hasard mais de la réguler de manière libre et responsable. Le pape Jean-Paul II a largement développé sa vision de la personne humaine et du couple homme femme lors d’enseignements donnés sur plus de quatre années. Cet enseignement ne peut pas être réduit à une condamnation pure et simple de la contraception.
Etienne Helbert

Télécharger (.pdf)
Retour