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Sychar - Pastorale familiale Infos n° 20

Mariage et vie religieuse


Notre vocabulaire est souvent inadéquat. Il donne même des idées fausses, par exemple qu'il y aurait une opposition radicale entre mariage et vie religieuse : celle-ci, soumise aux vœux de pauvreté, d'obéissance et de chasteté, représenterait un idéal de vie auquel le mariage, attaché aux choses de la terre (sinon de la chair) ne peut pas prétendre.
Je crois le contraire et je voudrais vous proposer quelques éléments de réflexion.
Le mariage est un sacrement, c'est-à-dire un acte humain dans lequel Dieu s'engage et par lequel il conforme celui qui le célèbre à l'amour qui est en lui. Bien sûr, ceux qui le célèbrent sont plus ou moins conscients de cet état et le vivent plus ou moins profondément dans leur vie quotidienne. Sans doute, vivre "dans le monde" expose un couple à être plus ou moins fidèle à ses "vœux", mais ce danger guette autant un prêtre dans sa paroisse ou un moine à l'abri de sa communauté : nous sommes tous des humains, aucun sacrement, aucune promesse, aucun engagement ne peut nous rendre parfaits, ce serait trop beau.
N'hésitons pas : le mariage comporte les mêmes vœux que l'ordination ou la profession religieuse : il propose simplement de les vivre autrement.

Pauvreté : ce n'est pour personne un appel à vivre dans la misère, qui est dégradante et doit être combattue ; être pauvre est d’abord à une attitude spirituelle : "renoncer à mettre toute son assurance exclusive dans les biens matériels (de toute nature) pour la mettre en Dieu seul. Cela se traduit aussi par le combat pour davantage de justice et le partage qui sont des exigences de l’Evangile"1 C'est une vertu attendue de tout chrétien : "Heureux les pauvres de cœur..." (Mt 5, 3a). Et elle est au cœur du mariage : vivre en couple, c'est prendre conscience que je ne suis pas le tout de moi-même ; mon conjoint est ce que j'ai de plus précieux et c'est un don de Dieu qui m'est confié, non pour le posséder, le "prendre", le dominer ou l'exploiter mais pour contribuer à son épanouissement. L'échange des consentements dit bien : "je te reçois comme époux (épouse) et je me donne à toi"2. Certes, le mariage n'oblige pas à renoncer aux biens matériels, mais l'entretien d'une famille oblige les parents à les mettre au service de tous et combien doivent renoncer à eux-mêmes pour consacrer leurs ressources à leurs enfants...

Obéissance
Un mot qui a mauvaise presse. Il signifierait étouffement, soumission aveugle, il évoque des caricatures d'adjudants. Et pourtant, dès l'enfance, l'obéissance est structurante de la personnalité. Une société sans obéissance mènerait non pas à l'épanouissement de ses membres mais à l'anarchie. Jésus lui-même a évoqué son obéissance à son Père, non pas comportement d’esclave mais écoute attentive et confiante. Tous les chrétiens sont appelés à "écouter"3 Dieu, à être attentifs à ce que suggère l’Esprit Saint. Saint Paul nous rappelle "Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ;" (Ep 5,21), demandant ensuite aux femmes "d'être soumises à leurs maris" et à leurs maris "d'aimer leurs femmes à l'exemple du Christ", ce qui est exactement la même chose.
Les religieux ne sont pas aux ordres de leurs supérieurs, mais ils sont attachés au bon fonctionnement de leur ordre et à l'épanouissement de leur communauté, dont les responsables sont garants. D'où par exemple un appel à une autre mission qu'on accepte pour le bien de tous.
Dans la communauté couple-famille, il en va exactement de même, et parfois de façon moins harmonieuse. Quand un conjoint annonce "mon poste est supprimé, on me propose d'aller à Pétaouchnock-les-Bains", qu'est-ce qui reste à l'autre ? "l'obéissance", ou le chômage voire la précarité...

Chasteté
"La chasteté, que toute personne est appelée à vivre4, exprime une attitude de respect de l’autre dans sa différence, le refus d’avoir des attitudes captatrices, des comportements possessifs ou dominateurs. Par le vœu de chasteté, les religieuses et religieux ne renoncent pas à aimer mais ils s’engagent à aimer les autres comme Dieu lui-même les aime, d’un amour large, respectueux, qui fait vivre"5.
La chasteté n'est pas une caractéristique du célibat. J'ose dire que depuis 25 ans que je suis marié, je suis resté chaste. Etre chaste, c'est vivre dans le respect de l'état de vie où on est engagé. Un couple fait aussi vœu de chasteté : ça s'appelle la fidélité. Inutile, je pense d'insister davantage...

Ce n'est pas de la provocation. Il est inutile, stérile et vain d'opposer encore vie religieuse et mariage. Ce sont deux manières différentes de vivre la même chose. La pauvreté, l'obéissance et la chasteté sont un chemin commun à toute l'humanité en marche dans l'amour vers Dieu.
Alain Bonnet

1 relevé sur le site internet du service des vocations : http://vocations.cef.fr
2 3ème formule dans le nouveau rituel, déjà présente dans l'ancien
3 c'est le sens originel du mot obéir
4 c'est nous qui soulignons.
5 extrait du site mentionné ci-dessus.

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