> Retour
Sychar - Pastorale familiale Infos n° 10
Trente après la Loi Veil... où en sommes-nous ?
Le 20 décembre 1974 était adoptée la loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse en France. Ces jours-ci la presse publie des études, des statistiques, des articles rétrospectifs. Que peut-on en retenir ?
Notre pays cultive les paradoxes. La France arrive en première place mondiale dans l'usage des méthodes contraceptives médicales. 60% des femmes ont recours à la pilule contraceptive tandis que 23 % d'entre elles ont recours au stérilet.
On constate malgré cela de nombreuses grossesses non désirées (23% des femmes dans ce cas ont recours à la pilule.) On parle d'" échecs fréquents de contraception ".
La conséquence en est que le nombre des avortements reste élevé en France. Il est de 206 000 pour l'année 2002, pour environ 720 000 naissances d'après les statistiques du Ministère de la Santé.
Qu'est-ce qui se cache derrière ce chiffre de 206 000 IVG ?
- Le nombre d'IVG est environ de 14,3 pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans.
- Mais le taux est très différencié selon les âges. Il est de 5,6 pour 1000 femmes entre 40 et 44 ans alors qu'il grimpe à 27,4 pour 1000 femmes entre 20 et 24 ans.
- La France arrive au deuxième rang pour le nombre des avortements rapporté à la population féminine parmi les pays de l'ancienne Europe des quinze, juste après la Suède et avant la Grande-Bretagne.
Environ 10 700 jeunes filles mineures ont eu recours à une IVG en 2002 contre 8 100 en 1993. Cette tendance à la hausse s'inscrit dans un contexte, où la vente de médicaments appelés " de contraception d'urgence " ou pilule du lendemain s'est accrue d'un tiers. Rappelons que cette pilule est accessible sans ordonnance depuis décembre 2001, quelle est gratuite pour les mineures depuis janvier 2002 et disponible auprès des infirmières scolaires. L'Education Nationale avance le chiffre de 15 000 demandes de contraception d'urgence par an en milieu scolaire. Mais on ne sait pas évaluer l'impact de cette pratique sur le nombre d'avortements chez les mineurs.
En effet les chercheurs de l'Institut national d'études démographiques (INED) et ceux de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) se déclarent incapables d'évaluer l'impact de la contraception d'urgence ou celui de la loi de 2001 qui a prolongé le délai de l'IVG de dix à douze semaines. Depuis 1998, les informations recueillies ne permettent pas d'observer d'évolutions précises, notamment en ce qui concerne les mineures ou les conséquences de l'allongement du délai de l'IVG.
A cela s'ajoute l'augmentation des avortements médicamenteux dans le cas d'une grossesse n'ayant pas dépassé cinq semaines. Cette pratique rend impossible tout suivi correct de la pratique des IVG.
Le moins que l'on puisse dire c'est que notre pays manque d'une claire analyse de l'évolution de ses pratiques en matière d'interruptions volontaires de grossesses. Derrière une pratique dont on déclare que c'est désormais un " droit acquis pour les femmes ", on ne sait pas ce qui se vit comme évolution des mentalités. On n'analyse pas davantage les conceptions philosophiques et religieuses des personnes ayant recours à un avortement, leurs choix éthiques. Et on parle peu des drames humains souvent vécus dans la solitude. Le débat est encore loin d'être serein.
Etienne Helbert
Télécharger (.pdf)
Retour